En octobre 2018 — bien avant que l’IA générative ne s’invite dans les cabinets — j’ai cosigné avec Soleïca Monnier, sur le Blogue du CRL, un texte posant une question alors prospective : l’intelligence artificielle et la justice canadienne forment-elles une conjonction bénéfique ?
Une distinction qui a bien vieilli
L’article s’ouvrait sur une mise au point qui conserve toute son utilité : séparer l’IA générale — qui n’existe pas — des systèmes experts, qui eux sont opérationnels et déployables. L’essentiel du débat public confondait les deux, et la confusion nourrissait des attentes comme des craintes également mal calibrées.
Parmi les usages envisagés : agents conversationnels spécialisés dans la synthèse d’information juridique, évaluation des chances de succès d’un recours, moteurs de recherche et assistants à la rédaction, outils d’aide à la décision — dont ceux servant à évaluer les risques de récidive.
Les mises en garde
Trois risques étaient identifiés, et l’expérience des années suivantes leur a donné raison :
- Les biais algorithmiques. L’exemple du logiciel COMPAS, utilisé aux États-Unis en matière d’évaluation du risque de récidive, avait révélé des écarts de traitement selon l’origine ethnique.
- L’opacité. Les algorithmes propriétaires demeurent des boîtes noires, ce qui heurte de front les exigences de motivation et de contestation propres au processus judiciaire.
- Les données d’entraînement. Un système apprend des décisions passées, et reconduit donc les stéréotypes qu’elles contiennent.
La conclusion plaidait pour une implémentation progressive, assortie d’un encadrement législatif adapté, en s’inspirant des expériences française et américaine.
Relire 2018 depuis 2026
Le paysage technologique a changé du tout au tout. Le paysage normatif, lui, a moins bougé qu’on aurait pu le croire : le volet fédéral sur l’IA porté par le projet de loi C-27 est mort au feuilleton lors de la prorogation de janvier 2025, et le Canada demeure sans loi-cadre en la matière. L’appel de 2018 à un encadrement adapté n’a donc rien perdu de sa pertinence — il a simplement changé d’échelle.
Lire l’article intégral sur le Blogue du CRL — Erwan Jonchères et Soleïca Monnier, 15 octobre 2018.





